Note de lecture: Euthanasie et pouvoir médical,
Vivre librement sa mort par A. Monjardet

L'Harmattan, Paris, 1999, (250 p., ISBN 2-7384-8043-8)

avril 2000

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Le Conseil National d'Ethique vient de proposer, à l'unanimité, d'introduire dans le Code Pénal,
une "exception d'euthanasie".
Le débat n'est pas clos. La loi n'a pas encore été modifiée.
Pour avoir un éclairage complet de la question, il faut lire cet ouvrage très approfondi et qui donne tout son sens à la notion d' "humanisme laïque".

J'en présente les différents chapitres, les titres des sous-sections en signalant les éléments qui m'ont paru les plus nouveaux ou marquants. Il est impossible de rendre compte du détail des analyses. De nombreuses citations en font un document de travail et de référence.

Mes résumés et commentaires sont entre crochets. Tout le reste est constitué de citations exactes.

I -- Les opinions en présence

* Ce que pensent nos concitoyens

"la revendication légitime du droit à une mort douce et maîtrisée est massive et en constante progression. Mais aussi se fait jour une certaine volonté de réappropriation du processus de fin de vie manifestée par près de la moitié de la population".

* Ce que souhaitent les patients hospitalisés

"C'est toujours un manque d'information de la part du médecin traitant qui complique tout."

* Ce qu'en pense et ce que fait le corps médical hospitalier

[Les médecins se contentent en général d'informer les familles des décisions qu'ils ont prises, sans se préoccuper des volontés du malade et de sa famille.]

* Ce qu'en disent et ce que font les médecins généralistes

* Ce que dit l'enseignement officiel

[L'auteur cite 3 pages d'un cours fait à Rennes en 1998/1999 à de futurs médecins où pas la moindre allusion n'est faite à la volonté du malade ni à son information.]

* Enseignements et conclusions de l'enquête

[Lorsque des médecins sont accusés d'avoir aidé à mourir, c'est le Conseil de l'Ordre des Médecins (juridiction corporatiste créée par le gouvernement de Vichy) qui statue, et la justice suit ses recommandations. Lorsque ce sont des infirmiers ou infirmières, c'est directement la justice. Il n'y a pas de Conseil de l'Ordre pour les protéger.]


II -- Euthanasie subie

* La pratique euthanasique hospitalière

[Elle est fréquente, mais clandestine et sans information du malade.]

* Euthanasie "passive" ou "active"

* Du non-dit à l'hypocrisie

* L'information due au patient

* Les droits du malade

* Vers la création de structures de dialogue dans l'univers médical?

* Les positions en présence sur la question euthanasique

[Les politiques refusent le débat et reprennent les arguments irrationnels et non argumentés des médecins les plus réactionnaires.]

Il faut que "l'homme auquel la mort dérobe la vie ne soit pas dépossédé de sa propre mort par ceux pour qui la mort n'est qu'un échec technologique" (D. Janicaud).


III -- Euthanasie voulue

* L'euthanasie volontaire ou le droit de mourir

"Chaque individu doit avoir le droit, reconnu par la loi, de maïtriser les conditions de sa propre mort."
[Cela relève du droit et non de la médecine. De nombreux philosophes se sont clairement exprimés dans ce sens.]

* Ethique et juridique - droit et loi - morale et politique

* Ethique et médecine

* Un débat devenu nécessaire

IV -- Suicide assisté ?

"Avec le suicide, on transforme les murs du destin en chemin de la liberté" (Sénèque)

* L'histoire et les applications d'une loi

[La loi de 1987 réprimant la "provocation au suicide" et son application rétroactive sont des chefs-d'oeuvre d'hypocrisie et de malhonnêté intellectuelle.]

* Le pouvoir politique à la remorque du pouvoir médical

* Les adversaires de toute législation

V -- Euthanasie et idéologie

* La mauvaise conscience républicaine

[La loi de 1905 a séparé l'Etat des religions. Mais toutes les lois ultérieures sur la laïcité n'ont fait que des retours en arrière. Comme si la République avait gardé mauvaise conscience de cette séparation.]

"Fondamentalement, c'est bien en référence non avouée et par révérence implicite à la "loi de dieu" que beaucoup d'états occidentaux se refusent encore à légaliser l'euthanasie."
[C'est vrai aussi pour la France, et pour d'autres questions que l'euthanasie.]

* L'idéologie catholique

* Le refus de principe de tout débat

[Lors de débats publics sur l'euthanasie, les religieux invités n'osent même pas dire qu'ils la récusent pour des raisons de dogmes. Ils se retranchent derrière de fumeux arguments "humanistes". C'est auusi bien sûr parce qu'ils visent à imposer à toute la société leurs principes. Ils sont donc obligés de les camoufler.]


VI -- Les soins palliatifs

* Leur scandaleuse absence

* Le traitement de la douleur: historique

* L'ambiguïté de la notion de "soins palliatifs"

[La promotion des "soins palliatifs" est un argument pour refuser tout débat sur l'euthanasie. Mais ils ne s'excluent pas.]

VII -- Mourir chez soi

* Inventer de nouvelles prises en compte de la fin de vie

VIII -- L'euthanasie à l'étranger

* Inventaire des législations étrangères.

[En France l'Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité (ADMD) est particulièrement frileuse et inefficace.]

Conclure?

[Les politiciens et les médecins, en s'efforçant de bloquer tout débat sur l'euthanasie, manifestent leur profond mépris aussi bien de la volonté des citoyens, que les premiers représentent (ou devraient représenter), que des malades et de leurs vies, que les seconds prétendent respecter.

C'est avec juste raison que l'auteur situe son livre dans la problématique du pouvoir.

L'influence des religions est considérable sur ces questions, et réussit son entreprise d'intimidation, en utilisant la classique référence aux nazis, comme camouflage de positions dogmatiques, et refus de la possibilité d'un humanisme laïque.]

Annexes et bibliographie (environ 40 titres):
1. Témoignages
2. Code déontologie médicale
3. Euthanasie: de quoi parlons nous ?

4. Appel des 132, publié dans France-Soir le 12.1.1999 (et refusé par Le Monde) et reproduit ci-dessous in extenso:

Nous déclarons avoir aidé une persone à mourir ou être prêts à le faire.

Nous considérons que la liberté de choisir l'heure de sa mort est un droit imprescriptible de la personne inhérent à la Déclaration des Droits de l'Homme.

A plus forte raison ce droit est-il acquis à un malade incurable ou qui endure des souffrances que lui seul est habilité à juger tolérables ou intolérables.

Nous estimons légitime, même si c'est illégal, d'aider une personne à accomplir sa volonté de mourir, maintes fois exprimée en pleine conscience et lucidité, par écrit ou par tout autre moyen incontestable.

C'est un geste de compassion et de solidarité qui ne devrait plus être sanctionné.

Il est inutile de préciser que j'approuve totalement ce texte.

Voir mon testament qui spécifie mon refus de l'acharnement thérapeutique.

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B. Courcelle

Site personnel de A. Monjardet: http://www.multimania.com/jpchart/ameutha.htm
comportant une présentation de ce livre et d'autres ouvrages.


Régressions -- Nous avons du travail!:

NORWAY: EUTHANASIA IS MURDER, SAYS SUPREME COURT

It was a key test of Norway's euthanasia laws and the result was a devastating blow against all those who perceive a dignified death as a human right.

After a long court battle which went through a series of appeals up to the High Court and finally to the Supreme Court of Norway, the retired physician Dr. Christian Sandsdahlen (82) has been convicted of first-degree murder last week. In June 1996, Bodil Bjerkmann (45), who suffered with incurable multiple sclerosis, requested Dr. Sandsdahlen to help him end his agony with a lethal dose of morphine. The doctor agreed. After Bjerkmann's peaceful death, Dr. Sandsdahlen demanded to be tried for murder.
Convinced to have human and ethical considerations on his side, he wanted to put the laws to a test and open a judicial debate about euthanasia. Sandsdahlen is the first ever doctor tried in Norway for mercy killing.

The taboo of euthanasia, beneath draconian abortion laws, traditionally a strongly defended bastion of the Christian churches, is slowly melting down in many European countries.
Assisted suicide is on the way to legalisation or at least tolerated in the name of human considerations. Against the tide of this general tendency to humanisation of the laws, the case of Dr. Sandsdahlen shows the rigidity of the Norwegian laws.
Norway is one of the few countries in Europe left with a state church and a king, who by law, is required to be a member of this church.

Source:
Rationalist International Bulletin is the online organ of the RATIONALIST INTERNATIONAL (formerly International Alliance Against Fundamentalism), founded during the 1st International Rationalist Conference held in 1995.
The Second International Conference has been held at Kerala, India from 17 to 21 January 2000.
Recieved from: Sanal Edamaruku: edamaruku@yahoo.com