Notes vaguement philosophiques
pour un athéisme radical


B. Courcelle,
16 janvier 1999


Le sens de la vie
L'individu face à la société
Voir aussi mes remarques corrosives sur les religions.(Autre fichier)

(Ce texte a été repris par Alternative Libertaire no 227:
http://users.skynet.be/AL/archive/2000/227-avr/athee.htm)

Introduction


Il ne suffit pas de réfuter les "preuves de l'existence de Dieu", de rappeler toutes les malfaisances dues aux religions pour contribuer à limiter l'oppression religieuse. Il faut aussi débusquer les infiltrations sournoises du vocabulaire et des concepts religieux dans les médias et dans la pensée contemporaine.

En ce qui concerne le vocabulaire, on entend fréquemment dire à la radio que tel ou tel a été "sacré" champion de ceci ou de cela. Ça m'agace, mais peut-être devrais-je au contraire me réjouir de cette banalisation du "sacré", qui vide le concept de son sens et le dissout dans le médiatique et le commercial.
Autres termes courants, dénotant une infiltration religieuse: Bien, Mal, péché, repentance.

Dans sa critique de l'économie qu'il qualifie de "nouvelle sorcellerie", Le Monde Diplomatique utilise fréquemment un vocabulaire religieux dans un sens péjoratif. A titre d'exemple, dans un article de S. Halimi de juin 1997: je relève les termes, utilisés dans un sens négatif: "orthodoxie libérale", "canons" [au sens du droit canonique], "apôtres de la mondialisation", "mythe de l'économie globale", "prêtres du capitalisme". Dans un article de B. Cassen du même numéro, on trouve "article de foi de l'ultralibéralisme", "miraculeux résultats de la mondialisation", "miracles" [réalisés en Asie par des régimes totalitaires]. Dans un article du Diplo de janvier 1999 contre le "dogme" du libre-échange, B. Cassen utilise les termes "intégriste", "hérésie", "Sainte Trinité", "péché", "baptisés", "ferveur quasi religieuse", "rituellement", "laïques" [dans un sens inadéquat, en opposition à "intégriste"]. Cette accumulation de termes à connotation religieuse n'est pas satisfaisante, même si elle accompagne une argumentation sérieuse. Elle maintient la discussion dans un contexte d'irrationnalisme et de "guerre de religion". Les "tièdes" auront beau jeu de "prêcher" la "tolérance".

Personnellement j'écris toujours avec des guillemets "Dieu" (sauf dans les jurons), "Saint" Machin ou "Sainte" Bidule, la "Vierge" Marie. Passons à plus important.

Le sens de la vie

Les discussions sur l'athéisme portent souvent sur le "sens de la vie". Les religions prétendent fournir des réponses à la question : "La Vie a-t-elle un sens?"
La question peut prendre une autre forme: "Ma vie a-t-elle un sens?"
D'autre part, le mot "sens" veut dire "direction", "orientation" et aussi, "signification".

Je récuse les réponses religieuses à ces questions. Les religions expliquent l'obscur par le mystère. Leurs réponses ne peuvent convaincre que ceux qui croient déjà, ou qui sont prêts à se jouer à eux-mêmes la comédie, à "décider de croire" en vue de faire taire leur angoisse ou pour toute autre raison, et donc à vivre dans la "mauvaise foi" (au sens de Sartre).

Ma vie a le sens que je lui donne.

L'humanité telle qu'elle existe résulte de mécanismes biologiques, psychologiques et sociaux, mécanismes non déterministes, qui laissent de la place au libre arbitre (au niveau individuel) et à l'action politique (au niveau global).

Comment se situe ma vie? Ma vie (en cours) n'a pas en propre un sens, comme une pierre a une masse et un volume. Elle a le sens (la direction) que je lui donne.

Je suis sur terre de par une volonté qui n'est pas la mienne: la volonté de mes parents (ou leur négligence en matière de contraception, ou leur conformisme à une tradition culturelle ou familiale de lapinisme, etc...) Au départ, le sens de ma vie m'échappe. Mais je peux, par mes choix (profession, style de vie, conjoint) donner à ma vie un sens qui est alors le mien.

Tant que je suis vivant (du moins conscient et autonome), le sens de ma vie, c'est l'ensemble des choix que je fais en vue des années qui me restent à vivre. C'est une orientation, motivée par des objectifs (recherche de la célébrité et/ou de la richesse etc... disons "recherche du bonheur", pour englober tout ce que chacun de nous met sous ce terme). Cette orientation est constamment modifiable, même si un principe de "fidélité à soi-même" n'incite pas à se remettre en question.

Une fois mort, le sens que ma vie aura eu, le parcours (minuscule) dans l'espace-temps humain que j'aurai effectué, sera la résultante de l'ensemble de mes actes (une "résultante" en mathématiques possède de multiples composantes, ce n'est pas un simple nombre positif ou négatif, qui serait déterminé par une balance comme dans les représentations picturales du "Jugement Dernier").

Nos vies sont fondées sur, mais non déterminées par, des processus physiologiques, psychologiques et sociaux, que nous pouvons contribuer à modifier globalement (recherche médicale, action politique, ...) ou pour nous-mêmes (choix d'une vie "saine", ou dangereuse, choix d'un rôle social de créateur ou de leader, suicide,....). Nous pouvons donc les orienter, leurs donner des sens.

Il n'y a pas besoin de "Dieu", de prêtre ni de gourou pour cela.

Objection: Tous les humains n'ont pas la possibilité de choisir ou d'orienter leurs vies. Certains n'ont le choix qu'entre des conditions de vie inhumaines et le suicide.

Réponse: Que des populations entières vivent dans des conditions indignes n'invalide pas mes observations, mais fournit un objectif politique urgent: transformer ces conditions. La possibilité d'orienter sa vie de façon significative est une composante essentielle de la dignité humaine. Vous avez mentionné vous-même le suicide qui reste toujours un choix possible. Je m'étonne personnellement qu'il n'y en ait pas plus.

L'individu face à la société

Par individu, j'entends chacun de nous avec son histoire, sa personnalité, ses goûts; il ne s'agit pas de l'individu abstrait de Rousseau, de Kant ou des textes juridiques.

Par société, j'entends tous les autres, formant des groupes divers (famille, collègues de travail, compatriotes, coreligionnaires, etc...) Pour citer G. Palante (Les antinomies entre l'individu et la société, Réédition avec préface de M. Onfray, Ed. Folle Avoine, 1994):
c'est "l'ensemble des cercles sociaux de toutes sortes auxquels peut participer un individu, ainsi que les relations complexes où il se trouve engagé par suite de cette participation. [...] Ce milieu social exerce sur l'individu un nombre considérable d'influences qui s'entrelacent et s'enchevêtrent de toutes façons, qui tantôt s'additionnent et se renforcent et tantôt s'opposent et se neutralisent, mais qui dans tous les cas, agissent sur l'individu soit pour favoriser, soit pour entraver son développement." (p. 13)

L'individu et la société face à face sont comme deux joueurs d'échecs, ou plutôt comme le taureau dans l'arène face aux toreros et à leurs chevaux, encouragés par la foule. Ce jeu est inégal.

L'individu est face à la société pour un jeu qu'il n'a pas choisi de jouer, car il a été mis au monde de par la volonté de ses parents, influencés eux-mêmes par la société. Il est donc en un sens le produit de la société et obligé de jouer contre (avec ?) elle, un jeu dont les règles implicites et mouvantes se sont mises en place tout au long de l'histoire de l'humanité.

Une vie humaine, c'est une partie (qui s'étend sur des dizaines d'années), d'un jeu que j'appellerai le "jeu de l'individu face à la société" (en prenant "jeu" en un sens large incluant par exemple la corrida et la roulette russe). C'est un jeu à coalitions: chaque individu joue simultanément, d'une part sa partie face à la société, et d'autre part, les parties des autres, en tant que membre de la société, allié plus ou moins temporairement, plus ou moins consciemment à différents groupes (coalitions) constituant la société. L'individu peut jouer "personnel" pour défendre en priorité son intérêt propre, ses goûts, ses choix de vie, contre une coalition qui s'y oppose; il peut au contraire jouer "conformiste", avec les groupes sociaux dominants, tenter de faire céder les individualistes et renforcer la puissance de ces groupes.

L'objectif de la société est de se maintenir, mais les moyens ne sont pas fixés une fois pour toutes car les lois sont changeantes.

L'individu cherche, disons le bonheur, sous une forme qu'il a choisie ou qu'il a laissé la société choisir pour lui. Sa mort terminera sa partie. Il peut remporter des batailles locales, marquer des points contre tels autres individus, ou contre la société (qui cherche, typiquement, à le faire travailler le plus possible et penser "droit"). Dans de rares cas, il peut infléchir l'évolution de l'Histoire. Gagner pour l'individu, serait arriver à agir et à atteindre des objectifs qu'il aurait définis pour lui-même en toute indépendance et liberté. Qui a jamais gagné?

La société peut utiliser la force (cas des régimes totalitaires), la loi (la censure sous ses diverses formes est une manifestation particulièrement claire de l'antinomie entre la société qui interdit et les individus, créateurs censurés d'une part et public interdit d'accès aux oeuvres censurées d'autre part), mais sa meilleure stratégie est de faire croire aux individus qu'il y a identité entre leurs buts personnels et les siens.

Elle dispose d'un arsenal éprouvé pour ce faire: promotion des "valeurs morales": honneur, religion, courage, patriotisme, goût du travail, esprit d'équipe, esprit grégaire, "racines" et traditions, etc... La promotion de la Famille est aussi une arme essentielle: d'une part la natalité est nécessaire au maintien de la société, et d'autre part, plus la famille est nombreuse et plus ses membres sont englués comme des mouches dans une toile d'araignée d'obligations multiples (travail, cuisine, éducation, réunions) et de sentiments imposés (réjouissance lors d'une naissance ou d'un mariage, tristesse lors d'un décès). Qui n'a rêvé un jour de changer d'identité, de renaître en terre inconnue, libre de toute famille et de tout passé?

Les religions traditionnelles confortent la société, et en sont une arme essentielle dans sa lutte contre l'individualisme. Les sectes et nouvelles religions inquiètent car elles cultivent, soit la séparation d'avec la société, soit le développement individuel, mais dans les deux cas, elles ne jouent pas le jeu de la société.

Parmi les stratégies de la société, on peut distinguer:
- le contrôle des corps: impératifs d'élégance, de propreté, de pudeur, de santé, et tous les interdits et obligations sexuels,
- le contrôle des pensées: intériorisation forcée de principes éthiques et politiques formulés en termes de nature humaine, d'efficacité, de sécurité, de progrès (dans quel sens?), de solidarité, de travail, de compétition; refus de penser l'échec, la mort, le risque, la fin de l'humanité; intoxication publicitaire (et idéologique), pseudo-information et abrutissement médiatique,
- les obligations grégaires: "devoirs de mémoire", "racines", communautés, traditions familiales et régionales, modes imposées par les commerçants (en faisant croire à l'exercice d'une liberté personnelle).

L'individu doit choisir une stratégie, éventuellement la "non-stratégie" consistant à se laisser porter par le courant. La révolte frontale contre toutes les "valeurs" conduit tout droit en prison surtout en cas de passage à l'acte (la liberté d'expression et de communicatiuon ayant des limites, une révolte purement verbale ou écrite peut déjà causer bien des ennuis).
A moins de faire le choix du conformisme total à l'idéologie dominante -- travail, famille, patrie (dont une forme affaiblie consiste à crier devant sa télévision quand l'équipe nationale de truc ou de machin marque un point, mais le prestige du "kamikase" n'a pas partout disparu), religiosité molle, qui se veut tolérante et humaniste, éloignée de toute conviction ferme, immédiatement qualifiée péjorativement d'intégrisme -- l'individu doit donc ruser, en adopter des morceaux, s'associer à d'autres individus pour en refuser d'autres, refouler ses désirs, se dédoubler comme le Dr. Jekyll.

Si nous naissons libres "en droit", nous ne naissons pas libres "de fait": conditionnés de multiples façons, nous ne pouvons que tendre vers un peu plus de liberté. Les modèles de non-conformisme proposés parfois (l'ermite retiré du monde, le philosophe dans sa tour d'ivoire, le marginal qui se choisit tel, l'individualiste aristocratique vanté par G. Palante (op. cit.) en s'inspirant de Nietzsche) sont en un sens contradictoires. Le chemin vers un peu plus de liberté ne peut être que personnel.

Le suicide est une stratégie possible de l'individu contre la société, comme la conscription en est une (entre autres) de la société contre l'individu. Par le suicide, l'individu met fin à sa partie (éventuellement, il lance une attaque post mortem contre ses proches ou ses ennemis). Il refuse de continuer à jouer un jeu, qu'il n'a pas choisi de jouer et dont on lui a imposé les règles, l'une d'entre elles étant que le jeu doit se poursuivre le plus longtemps possible. Il fait comme le joueur d'échecs qui balaye les pièces de l'échiquier et frustre son adversaire de la victoire. Il fait comme le spectateur qui quitte la salle au milieu d'un film ennuyeux ou insupportable de violence; mais le film en question, celui qui est sa vie, est unique, et hors de la salle c'est le néant et non le soleil ou la fraîcheur du soir.
Par le suicide, disparaîssent un individu et un petit fragment du jeu social, constitué de sa partie et de sa participation aux parties jouées par la société contre tous les autres individus. La société se trouve donc amputée (un peu) et surtout, superbement refusée, par un acte de liberté.

La société n'a pas dans son jeu de joker semblable (si, la guerre). Elle est bien sûr touchée, par la perturbation locale du système des relations sociales, elle est surtout effrayée par la peur de la contagion, et terrorisée par l'affirmation radicale de la liberté individuelle absolue -- absolue car payée au prix maximal, le "banco" du joueur qui mise tout ce qui lui reste.
Les sociologues, psychologues et moralistes sont appelés à la rescousse pour expliquer le suicide et nier la liberté. (Je sais bien que tous les suicides ne sont pas des manifestations de liberté).

Les philosophes et les sociologues font tout leur possible pour camoufler les antinomies entre l'individu et la société (cf. G. Palante, op. cit.). Ils sont payés pour cela.

Les antinomies étant identifiées, est-il possible de proposer un compromis? Mais proposer un compromis, n'est-ce pas nier l'antinomie fondamentale, et finalement, prendre le parti de la société?
Pourquoi faudrait-il proposer un compromis? Un compromis entre l'eau et le feu, c'est un tas de cendres humides; ça pue. Je préfère contempler tour à tour la cascade et les bûches qui flambent.

Je ne suis ni juriste, ni politicien, ni moraliste, ni psychologue. Je ne propose ni lois ni conseils individuels. Comme l'entomologiste qui regarde se battre deux groupes de fourmis, j'observe et je cherche à comprendre.

Objection: Un lecteur m'écrit que s'il en est bien comme je l'écris, il n'y a guère d'espoir pour l'espèce humaine.

Réponse: L'antinomie existe et il ne sert à rien de la nier. De même, la certitude de la mort n'empêche pas de vivre. En prendre conscience est nécessaire pour un cheminement vers plus de liberté personnelle. Et s'il doit en résulter la fin de l'humanité, qu'importe!

Citations


Nietzsche:
"Dans la glorification du "travail" [...] je vois la même arrière-pensée que dans les louanges adressées aux actes impersonnels et utiles à tous: à savoir la peur de tout ce qui est individuel. Au fond, [le] travail constitue la meilleure des polices, [il] tient chacun en bride et s'entend à entraver puissamment le développement de la raison, des désirs, du goût de l'indépendance. Car il consume une extraordinaire quantité de force nerveuse et la soustrait à la réflexion, à la méditation, à la rêverie, aux soucis, à l'amour et à la haine [...]" (Aurore, aphorisme 173)

Paul Lafargue:
"Cette folie est l'amour du travail, la passion morbide du travail poussée jusqu'à l'épuisement des forces vitales de l'individu et de sa progéniture. Au lieu de réagir contre cette aberration mentale, les prêtres, les économistes, les moralistes ont sacro-sanctifié le travail." (Le droit à la paresse, Rééd. Maspéro)

M. Onfray:
"Calicots, médailles, palmes et rosettes, croix et rubans ne sauraient contenter que les enfants ou des gens dont l'esprit est resté puéril. Il est vrai que les cérémonies de remises de distinction impliquent une outrageuse infantilisation qu'une savante dramatisation complète avant le panégyrique de circonstance destiné à arracher quelques larmes. Pour remercier le travailleur, l'ancienne parturiente et le militaire, on ressasse depuis toujours les mêmes discours [...] Du banquet commémoratif à la pierre tombale, [...] il n'y a qu'un pas. Ils ont fait leur devoir...
Or le travail est actuellement l'instance qui permet à l'esclavage de durer sous des formes modernes et aménagées." (Cynismes, Grasset, 1990, p. 146-147.)

"Le discours [religieux] vise à produire des individus policés, dociles et conformistes, qui font l'économie du plaisir au profit du réel. Toute religion vise la mort de la singularité et la réalisation d'une communauté, d'une assemblée [...].
La méthodologie platonicienne est emblématique de toutes celles que les religions proposent: mépris de la chair, du corps et de la vie. Préférence pour l'âme, l'esprit -- arbitrairement posés comme antithèses du corps -- et les exercices spirituels mystiques qui instillent avec perfidie la mort dans l'existence au quotidien. Les religions fonctionnent à la haine de la vie et au nihilisme: elles s'appuient sur le dégôut, puis invitent à devancer la mort pour mieux l'installer au coeur de la vie." (op. cit. p. 172)

G. Palante
(L'individualisme aristocratique, textes choisis par M. Onfray, Les Belles Lettres, 1995)

"La principale cause du malheur de l'individu est la sottise qui le pousse à placer son bonheur non dans ce qu'il est mais dans ce qu'il représente, c'est à dire en définitive dans le cerveau d'autrui. Ce préjugé qui est, pour l'individu imbécile, la cause d'un tremblement perpétuel est au contraire entre les mains du groupe et de ses dirigeants, un moyen assuré de domination." (op.cit. p. 124)

"Il est très utile pour un groupe et pour les dirigeants de ce groupe d'imposer un conformisme moral et social aux membres de ce groupe. Ce conformisme implique:
1) la conformité à la doctrine sociale et morale régnante et considérée actuellement comme l'expression de la vérité;
2) il implique cette sorte de conformité intérieure qu'on appelle Esprit de suite et qui consiste dans la fidélité de l'individu à son passé, dans la conformité de ses opinions et de ses actes futurs à ses opinions et à ses actes passés." (op.cit. p. 130)

"Il arrivera un moment où les chaînes sociales ne blesseront presque plus personne, faute de gens suffisamment épris d'indépendance et suffisamment individualisés pour sentir ces chaïnes et pour en souffrir." (op. cit. p. 65)

"La morale est la grande ennemie de l'individualité. Elle s'efforce, soit par commandement impérieux, soit par persuasion, d'amener l'individu à se nier lui-même. Elle voudrait abolir dans les âmes le sentiment de l'individualité, parce que ce sentiment a toujours, virtuellement au moins, quelque chose d'antisocial; parce qu'il est un principe de diversité et de lutte, un principe de résistance et de désobéissance à la règle." (Les antinomies ..., p. 159)

"Chaque homme un peu individualisé est comme une "maison divisée". Deux âmes cohabitent en lui, à la fois indissolublement liées et irréductiblement hostiles: l'âme sociale et l'âme individuelle. Nous sentons très ces deux âmes opposées vivre côte à côte en nous, se mêler, se pénétrer, ruser l'une avec l'autre, se tendre des pièges, se jouer des mauvais tours. [...] Les deux génies qui sont en nous sont habiles à se donner le change; [...] Plus d'une fois l'individu qui ne cherche dans ses attaques contre la société qu'une satisfaction de ses désirs antisociaux se persuade lui-même qu'il obéit à une préoccupation de justice sociale [...]." (Les antinomies ..., p. 170)

"Notre morale moderne, même quand elle s'intitule rationaliste et scientifique, n'est pas autre chose qu'un prolongement de la morale chrétienne [...]: sacrifice de l'individualité, égalité des hommes, effacement de l'individu devant la communauté; soumission à l'autorité, autrefois religieuse, maintenant sociale. Le point d'aboutissement logique de cette morale est un mysticisme social, une religiosité sociale [...]. A ce mysticisme social, l'individualisme [...] oppose son athéisme social, son impiété sociologique, son irrespect des idoles sociales [...]." (Les antinomies ..., p. 179)

En préparation: "Péché originel" et "repentances". Le suicide.


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