Les catholiques de Moselle trop peu à soutenir le diocèse

ARTICLE DE Richard Bance

Républicain Lorrain du 20 avril 2001-

Le diocèse de Metz c'est 700 paroisses regroupées en 139 communautés, des maisons d'accueil, de solidarité, des mouvements, pastorales, organisations caritatives et services d'église, des formations, une administration. Tout cela a un coût mais la quête diocésaine ne mobilise que 3 000 donateurs sur les 800 000 catholiques de Moselle!

METZ.- "L'Église de Moselle s'est engagée dans un projet dont l'objectif est de promouvoir dans notre diocèse une Église vivante et proche, communicante et appelante, chargée d'annoncer l'Évangile." Quand l'évêque de Metz, Mgr Pierre Raffin, écrit cela en exergue du courrier envoyé dans toute la Moselle pour lancer la quête pastorale, c'est pour préciser les défis à relever : inventer une autre manière d'être communautaire, créer des lieux et des occasions de partage, mettre en oeuvre une solidarité efficace, favoriser la croissance spirituelle et humaine des jeunes. "La tâche est considérable, des laïcs sont appelés massivement à collaborer à l'exercice de la responsabilité pastorale confiée aux prêtres. Et pour passer du projet à l'action se pose la question des moyens, du soutien du peuple du diocèse."

A peine remis du choc financier lié aux malversations de son ancien économe, le diocèse, grâce au travail des nouveaux grands argentiers, MM. Noël puis Castillo, à quelques sacrifices et une maîtrise réelle des dépenses, s'est remis à flots. Mais certaines ambitions ont été revues à la baisse parce que la quête, les dons et les legs ne freinent pas vraiment l'érosion des recettes. En 1998, elles étaient de 18 111 993 F, en 1999 de 19 160 543 F et en 2000 la chute est nette: 14 204 106 F. La quête 2001 parait mieux partie avec en dix jours 394 donateurs pour 250 000 F au lieu de 138 000 F dans la même période de l'an dernier. Le budget diocésain est d'un peu plus de 13 MF, dont 6 MF partent à l'extérieur pour l'Église de France, les missions, le Vatican, le Secours catholique, les séminaires, la construction et la restauration des églises, etc. "La différence des recettes s'explique en partie parce que des legs importants ont été faits au diocèse en 1998 et 1999. Certains dans des buts précis de financement de formation ou d'aide aux handicapés. Ils viennent le plus souvent de personnes seules, sans famille. Mais il faut savoir, ajoute M. Castillo, l'économe diocésain, que la "Mense" épiscopale, qui est le support juridique des finances diocésaines, est contrôlée, dans le cadre concordataire propre à la Moselle, par l'autorité de tutelle: la Préfecture."

Les clichés ont la vie dure

Alors pourquoi les catholiques de Moselle, qui se sont mobilisés au moment des difficultés financières de leur diocèse, comme l'avaient fait les Alsaciens à Strasbourg, se montrent-ils si peu empressés de remettre la main au porte-monnaie quand lesdites difficultés leur paraissent surmontées? La réponse est peut-être à rechercher dans certains clichés qui ont la vie dure : le diocèse est assimilé au palais épiscopal; en terre de concordat, l'évêque et les prêtres sont rémunérés par l'État; "Je donne pour ma paroisse. Ça suffit!" Et quelques autres! Le palais épiscopal n'appartient pas au diocèse, mais à l'État qui y loge l'évêque. Certes les 348 prêtres en activité, assistés souvent des 150 retraités du diocèse, sont payés par la direction des cultes au ministère de l'Intérieur, mais ces mêmes 348 prêtres actifs mosellans ont reversé l'an dernier 900 000 F au diocèse, soit près de 3 000 F chacun! Une somme à rapprocher des 1 281 000 F donnés par les... 3 000 donateurs de la quête diocésaine! Et sur ces 900 000 F, une forte partie va à leurs collègues des autres départements. "Aujourd'hui en Moselle, un desservant d'une quarantaine d'années ne vit, toutes déductions faites, avec guère plus qu'un prêtre d'un diocèse de l'intérieur.", remarque M. Castillo, qui sait de quoi il parle puisqu'il est originaire de Toulouse. Enfin, l'activité de la structure diocèse est différente de celle des paroisses. Et donc ne devrait pas entrer en concurrence dans l'esprit des gens. "Nos chrétiens de Moselle ne comprennent pas encore que cette quête est vitale pour que leur église diocésaine ait les moyens de remplir son rôle, d'accomplir ses missions. Les bénévoles ne suffisent pas, ils sont tellement sollicités", souligne Mgr Bernard Clément.


L'Église, c'est tous les jours!


La mense épiscopale soutient des projets, des actions diversifiées : l'accueil et l'accompagnement des jeunes dans les projets de l'action catholique pour l'enfance, la jeunesse étudiante, la jeunesse ouvrière, la mission étudiante, le mouvement rural, le service catholique de l'enfance et de la jeunesse inadaptées, la pastorale des jeunes, les mouvements et services d'apostolat des laïcs, la pastorale des familles et des migrants, la formation des prêtres (séminaires), des diacres et des laïcs, la pastorale de la santé au service des malades, les programmes des six maisons d'accueil, de la solidarité diocésaine, la radio. Le diocèse emploie une trentaine de personnes dans les secteurs administratif et technique, dont certains postes concordataires et il rémunère une cinquantaine de collaborateurs de la pastorale. "Au problème des gens qui ne pensent à l'Église que pour un baptême, un mariage ou un enterrement, s'ajoute celui de la proximité, de la perte de visibilité liée aux regroupements de paroisse et à la perception pas toujours évidente de l'action des laïcs."


Richard BANCE.

Républicain Lorrain du 20 avril 2001