Ouest-France Mardi 30 avril 2002

 

L'arrêté de Jack Lang a été signé le 19 avril et publié samedi au Journal officiel

 

Diwan sous statut public a la rentrée

 

Jack Lang ne sera bientôt plus aux affaires, mais il a conduit le dossier jusqu'au bout. Comme prévu l'an dernier lorsqu'il avait fait le déplacement de Rennes pour signer avec Andrew Lincoln la convention engageant le processus d'intégration de Diwan dans le service public.

 

Divan respire: le Journal officiel de samedi publie en effet l'arrêté ministériel attendu sur «la mise en place d'un enseignement bilingue par immersion en langues régionales dans les écoles, collèges et lycées ». Tout est donc prêt pour que le réseau breton passe sous statut public à la rentrée.

 

L'arrêté du 19 avril, publié en date du samedi 27, comporte plusieurs dispositions qui prendront force de loi dans les deux mois à venir. Les principales dispositions ont trait à la carte scolaire et au choix des familles, ainsi qu'à la méthode pédagogique en vigueur dans les écoles en question.

 

Les principes de l'immersion

 

Premier point: le carte scolaire. L'arrêté indique expressément que les écoles « langues régionales » délivrant un enseignement bilingue par immersion ne sont pas incluses dans les secteurs géographiques définis dans les communes». Il en va de même pour les collèges et lycées (1) vis-à-vis des secteurs et districts scolaires déterminés. Les établissements de ce type échappent donc à la carte scolaire. Dans la pratique, cela veut dire que les familles désireuses de recourir aux services de Diwan ne sont en rien bridées par le lieu où elles habitent. De la même manière, il ne saurait être fait obligation aux familles proches d'une école Diwan d'y scolariser leurs enfants sous prétexte qu'elles habiteraient à proximité. Tout repose sur le volontariat: le même article de l'arrêté précise d'ailleurs que l'inscription des élèves est subordonnée à un accord écrit des parents, par lequel ils déclarent accepter la méthode pédagogique de l'école ou de l'établissement».

 

Deuxième point: la réglementation. l'article 2 de l'arrêté mentionne que «l'enseignement bilingue selon la méthode de l'immersion est dispensé dans le respect des horaires et des programmes fixés par la réglementation en vigueur». Cette reconnaissance officielle coupe court aux arguments des opposants qui voudraient assimiler Diwan à une école privée qui voudrait fonctionner suivant ses propres règles.

Troisième point: la méthode. « L'enseignement bilingue par la méthode dite de l'immersion se caractérise par l'utilisation principale de la langue régionale, non exclusive du français, comme langue de l'enseignement. La pratique de la langue est encouragée dans la vie quotidienne» des écoles et des établissements concernés. L'obstacle de l'incompatibilité avec les textes de l'Éducation nationale - qui avait entraîné le recours devant le Conseil d'État - a donc été levé. Les nouvelles dispositions ne sont pourtant pas du goût de tout le monde dans les rangs de Diwan: les tenants de la ligne dure considèrent que « l'école est un lieu de vie»; que «la continuité du breton doit y être assurée » et que « l'assouplissement »consenti risque de faire perdre son âme à Diwan (2).

 

Aux collectivités de jouer

 

Andrew Lincoln,lui, se déclare « très heureux de voir que le ministère de l'Éducation a respecté ses engagements» à la suite du vote de l'assemblée générale de Noyal-Pontivy (3). Le délai était court et il a fallu jouer serré, mais « le chemin est maintenant ouvert pour que le statut public de Diwan soit mis en oeuvre à la rentrée 2002. Tous les moyens sont là: la loi de Finances a été votée et 190 postes ont été prévus» pour fonctionner dans le cadre du statut public.

Il reste donc aux collectivités Io cales et aux représentants de t'État à prendre leurs responsabilités. Déjà, le conseil régional de Bretagne et le conseil général du Finistère ont donné leur accord pour faire des établissements de leur ressort (lycée et collèges) des établissements publics locaux d'enseignement; les conseils généraux des Côtes-d'Armor et du Morbihan seront invités à faire de même; et Diwan attend des communes qui ne l'ont pas encore fait « qu'elles mettent en oeuvre les dispositions » propres à assurer l'intégration du réseau, comme l'affectation de personnels de service ou la mise en conformité des locaux. Aujourd'hui, c'est donc le plus souvent une question de temps.

 

Yannick BOULAIN.

 

(1) Diwan compte un lycée à Carhaix et quatre collèges: au Relecq-Kerhuon, a Plésidy, à Vannes et à Quimper.

 

(2) Un collectif de parents en désaccord avec ce dispositif s'est d'ores et déjà constitué et un recours déposé devant le tribunal de grande instance de Brest, qui devait statuer ce mardi. Le collectif a fait savoir hier qu'un report à huitaine à été demandé « afin d'examiner le nouveau contexte créé par la publication de l'arrêté ». Il demande, comme préalable à toute intégration, «l'abrogation de l'article 2 de la Constitution et la ratification de la Charte européenne des langues minoritaires».

 

(3) L'assemblée avait donné une majorité de 53 % à la ligne défendue par Andrew Lincoln.